

Vo Van Ai a rappelé à l’assemblée que le 30 avril marquait le 30ème anniversaire de la fin de la guerre du Vietnam et de l’avènement du Communisme au Vietnam, par cette Déclaration à la Troisième Réunion Ministérielle de la Communauté des Démocraties de Santiago, le 30 avril 2005 :
« L’Asie est le plus grand défi de la démocratie. Ce continent vaste et complexe, patrie de plus du quart de l’humanité, est une région d’économies en plein essor. Elle recouvre la plus vieille démocratie du monde, l’Inde, mais également certaines des pires dictatures et sociétés fermées politiquement du monde. Nous possédons une diversité de grandes philiosophies comme le Bouddhisme, le Confusianisme, le Taoïsme, l’Hindouisme, l’Islam, mais nous sommes unis dans une aspiration commune pour la démocratie et le respect des droits l’Homme.
« La clef pour la démocratie en Asie est la Chine, car une Chine démocratique aura un impact sur toute l’Asie et sur le monde. L’Asie du Sud-Est, et notamment le Vietnam, est également un point géopolitique stratégique. Le Vietnam, démocratique ou dictatorial, jouera un rôle-clef pour le futur de cette région. Un futur de stabilité et de paix, ou un fait de violence et de conflits ? Cela dépendra de l’engagement des nations démocratiques aujourd’hui. Car la démocratie est le garant de la paix et une Asie démocratique est la clef de la stabilité et de la prospérité dans le monde.
« Il y a exactement 30 ans aujourd’hui, la guerre du Vietnam prenait fin. Pour un moment, un radieux moment, nous les Vietnamiens avons cru que nous allions connaître la paix et la liberté dans notre pays. Nous avions cru à la paix parce que les Accords de Paris, ratifiés par 12 pays, prônaient la réconciliation, la concorde et la fin de toutes les représailles. Nous avions cru au soutien des démocraties du monde pour assurer une transition démocratique au Vietnam.

« Aujourd’hui, 30 ans après, il n’y a toujours pas de démocratie au Vietnam. Il n’y a pas de partis d’opposition, pas de syndicats libres, pas de presse libre, pas d’ONG indépendantes. Durant les 30 années passées, le peuple vietnamien a vécu dans un monde muet — Nous n’avions pas le droit de parler et quiconque osait parler risquait l’arrestation immédiate.
« Les mouvements religieux indépendants, la seule société civile du Vietnam, sont étouffés et brutalement réprimés. Alors que je vous parle, le plus éminent dissident bouddhiste du Vietnam, Thich Quang Do, est détenu incommunicado dans son monastère simplement parce qu’il a lancé un « Appel pour la Démocratie au Vietnam » avec un plan en 8 points pour la démocratisation. Hier encore, des journalistes étrangers qui voulaient lui rendre visite à l’occasion du 30ème anniversaire [de la Chute de Saigon] ont été refoulés par la Sécurité.
« Les cyberdissidents et même les plus éminents vétérans du Parti Communiste Vietnamien comme le général Vo Nguyen Giap, héros de la victoire que Hanoi célèbre aujourd’hui, protestent contre l’absence de progrès et de réformes au Vietnam. Dans une lettre au Politburo, le général Giap déplorait la lenteur des politiques de réforme du Vietnam qui, disait-il, négligent « le développement économique, la culture, l’éducation, la santé et le bien-être du peuple. En 2020, le Vietnam sera toujours la plus pauvre nation de l’ASEAN, avec 20 ans de retard sur la Thailande ». Le général Giap dénonçait également les abus de pouvoir des services secrets militaires, le Département Général N°2 ou DG2, véritable Etat dans l’Etat qui use de la torture, de l’intimidation et des assassinats politiques pour renverser les factions politiques au sein du Parti Communiste et destabiliser les très haut-cadres.

« Les peuples vivant sous la dictature poursuivront leur lutte pour la démocratie, mais ils ne peuvent livrer cette bataille seuls. Ils ont besoin du soutien de la Communauté des Démocraties pour les aider à mettre en marche ce processus aujourd’hui ».
Quê Me Quê Me: Action for democracy in Vietnam & Vietnam Committee on Human Rights