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Le Vietnam doit libérer les blogueurs Dieu Cay, Phan Thanh Hai et Ta Phong Tan

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PARIS, 16 avril 2012 (COMITE VIETNAM) – Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme appelle les autorités vietnamiennes à relâcher immédiatement les blogueurs Nguyen Van Hai (nom de plume Dieu Cay) et Phan Thanh Hai (Anh Ba Saigon) ainsi que la blogueuse Ta Phong Tan (Justice et Vérité), et d’abandonner toutes les charges contre eux. Tous trois sont poursuivis sous l’empire de l’article 88 alinéa 2 du Code pénal vietnamien sur la « propagande contre la République Socialiste du Vietnam » qui est punissable de dix à vingt ans de prison.

« Dieu Cay a été détenu incommunicado durant les 17 derniers mois en totale violation des lois nationales et internationales. Il n’aurait jamais dû être arrêté. Un procès dans ces conditions ne serait rien d’autre qu’une parodie de justice » a dit Vo Van Ai, Président du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme.

Ta Phong Tan, Dieu Cay et Phan Thanh Hai – Photo Dânlànbáo
Ta Phong Tan, Dieu Cay et Phan Thanh Hai – Photo Dânlànbáo

Des sources diplomatiques ont informé la famille de Dieu Cay que le procès pourrait avoir lieu le 17 avril 2012, et, en effet, la presse officielle rapportait le 14 avril que le Parquet Suprême avait transféré le cas au Tribunal populaire de Ho Chi Minh Ville. Toutefois, les avocats de Dieu Cay, Maître Ha Huy Son et Nguyen Quoc Dat, ont évoqué la possibilité que le procès soit reporté au-delà de la date « sensible » du 30 avril, anniversaire de la mainmise communiste sur le Vietnam et de la Chute de Saigon. Les trois blogueurs sont accusés d’avoir posté sur leurs blogs 421 articles qui « calomnient et s’opposent à l’Etat ».

Les avocats ont été autorisés à rencontrer pour la première fois Dieu Cay le 29 mars. Ils ont pu le revoir une seconde fois depuis. Ils ont rapporté que Dieu Cay avait perdu beaucoup de poids en prison. Il continue toutefois à rejeter les accusations portées à son encontre et insiste pour dire qu’il n’a commis aucun crime. Ses avocats ont dit qu’il refusait de signer tout document concernant son cas et qu’il avait même refusé de lire l’Acte d’accusation rédigé par le parquet. Ils craignent que l’obstination de Dieu Cay dans cette voie ne lui retire toute chance de se voir acquitté ou voir sa sentence allégée.

Dieu Cay, célèbre blogueur né en 1952, fondateur du « Club des Journalistes Libres », a été arrêté en avril 2008 et condamné à 30 mois d’emprisonnement prétendument pour « évasion fiscale ». En réalité, ce sont sa participation aux manifestations contre les incursions chinoises autour les îles Paracels et Spratley, lors du passage de la Flamme Olympique, et ses articles dénonçant les violations des droits de l’Homme au Vietnam qui ont provoqué son arrestation. Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme avait alerté et soumis son cas aux Nations Unies, et le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU l’avait reconnu victime de détention arbitraire et appelé à sa libération (Avis 1/2009).

Au lieu de libérer Dieu Cay au terme de sa peine (prévu le 19 octobre 2010), les autorités vietnamiennes l’avaient maintenu en détention sous le prétexte de « propagande contre la République Socialiste du Vietnam » (article 88 du Code pénal). Depuis lors, sa famille n’a pas eu le droit de lui rendre visite et n’a même pas été informé de sa situation. Elle était extrêmement inquiète pour sa santé et ne savait pas s’il était encore vivant. Sa détention de 17 mois contrevient au Code de procédures pénales vietnamien (article 120) qui limite la détention préventive pour les « crimes contre la sécurité nationale » à un maximum de 4 mois renouvelables 3 fois, après quoi le prévenu doit être libéré ou se voir appliqué d’« autres mesures dissuasives ».

Les deux autres blogueurs qui doivent être jugés aux côtés de Dieu Cay, Phan Thanh Hai et Ta Phong Tan, sont également membres du « Club des Journalistes Libres ». Phan Thanh Hai, né en 1969, a été arrêté le 18 octobre 2010 et est resté en détention depuis, également en violation du Code de procédure pénales. Son avocat est Maître Doan Thai Duyen Hai.

Ironiquement, un de ses articles s’intitulait « Je ne respecte ni le Roi ni l’Article 88 ». Citant les écrits de Montesquieu sur la définition vague de lèse-majesté, ou l’irrespect pour le monarque aux temps féodaux, Phan Thanh Hai dénonçait le vague de la définition du crime de « propagande contre la République Socialiste du Vietnam » de l’article 88. Cet article viole l’article 69 de la Constitution vietnamienne qui garantit la liberté d’expression et l’article 53 qui protège le droit pour chaque citoyen de « participer à l’administration de l’Etat et à la gestion de la société, à la discussion des problèmes du pays et de la région ; il peut envoyer des pétitions aux organes de l’Etat et voter lors des référendums organisés par l’Etat ».

« Avons-nous le droit d’appeler à l’abrogation de l’Article 88 ? Je dirais que oui. En tant que citoyens qui ont le droit de voter pour nos représentants élus, nous sommes habilités à envoyer des pétitions à l’Assemblée Nationale et à presser [les députés] de retirer toute loi qui serait inutile, obsolète ou qui irait contre les intérêts du peuple. C’est notre droit », écrivait-il.

Mme Ta Phong Tan, née en 1968 et ancienne policière, a posté sur internet des articles sur les abus de la police et les violations des droits de l’Homme commises par l’Etat. Elle a été arrêtée le 5 septembre 2011. Elle est défendue par l’avocat Nguyen Thanh Luong.

Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme appelle le Vietnam à relâcher immédiatement ces trois blogueurs qui sont détenus du fait de l’expression légitime de leurs opinions pacifiques. Toutes les charges contre eux doivent être abandonnées et ils doivent retrouver le plein exercice de leurs droits civiques.

« Le Vietnam a signé la plupart des principaux traités de protection des droits de l’Homme de l’ONU et est candidat pour siéger au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU en 2014-2016. Pourtant il persiste à afficher de façon flagrante son mépris pour les droits humains les plus basiques. Le Vietnam doit respecter ses obligations internationales et mettre fin à sa parodie de justice avant qu’il ne soit trop tard », a dit Vo Van Ai.

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