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La mort de Vo Van Ai, militant des droits de l’homme et de la liberté religieuse au Vietnam

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Connu pour avoir lancé, à la fin des années 1970, la campagne « Un bateau pour le Vietnam » en faveur des boat people fuyant le nouveau régime communiste, il déposa en 1985 la toute première plainte pour violations des droits de l’homme à l’ONU, contre le gouvernement vietnamien. Il est décédé le 26 janvier, à l’âge de 87 ans.

Par Brice Pedroletti (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)
Publié le 31 janvier 2023 à 14h36, mis à jour le 01 février 2023 à 11h55

Le Monde, 31 janvier 2023 – Défenseur infatigable des droits de l’homme au Vietnam et du bouddhisme, poète et auteur, connu en France pour avoir lancé la campagne « Un bateau pour le Vietnam » à la fin des années 1970 en faveur des boat people fuyant le nouveau régime communiste, Vo Van Ai est mort le 26 janvier, à Paris, des complications d’une opération du cœur. Il avait 87 ans.

Son action militante tout au long de son exil en France s’est réalisée à travers deux organisations qu’il a fondées après la chute de Saïgon, en 1975 : le comité Vietnam pour la défense des droits de l’homme et la revue Quê Me. Action pour la démocratie au Vietnam, tirée dans une imprimerie qu’il a ouverte à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Consacrée aux droits de l’homme, à la démocratie et à la culture vietnamienne, Quê Me (qui signifie « terre natale ») aura une influence considérable dans la diaspora vietnamienne, mais également au Vietnam, où elle est diffusée sous le manteau.

Vo Van Ai a été l’un des premiers, à travers son ONG, à révéler les campagnes de répression du Parti communiste vietnamien, en établissant en 1978 une carte du « goulag » de son pays, où figurent quelque 150 camps de rééducation. La même année, en novembre, bouleversé par le sort de 2 500 réfugiés vietnamiens affamés sur un cargo, le Hai-Hong, à qui les autorités d’Indonésie puis de Malaisie refusent la permission d’accoster, il lance une campagne pour affréter un navire, Ile-de-lumière, qui sera envoyé au secours de boat people.

Des actions de soutien à l’indépendance

Son initiative se heurte aux réticences d’une partie de la gauche française qui a milité contre la guerre du Vietnam : il sera même la cible de mesures d’intimidation de la part de la mairie communiste de Gennevilliers et d’une tentative, ratée, d’incendie de son imprimerie. Mais il parvient à rallier les soutiens d’André Glucksmann, d’Olivier Todd, le rédacteur en chef de L’Express, de Lionel Jospin, d’Yves Montand et de Simone Signoret, ainsi que de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre. C’est l’époque où les encarts « A l’aide, un bateau pour le Vietnam », montrant le visage d’une enfant et d’un cargo en perdition, fleurissent dans la presse française : la campagne a un énorme impact en France, où seront accueillis de nombreux demandeurs d’asile vietnamiens.

Vo Van Ai est né le 19 octobre 1935 (sa date de naissance administrative est toutefois 1938) dans les montagnes du nord du Vietnam, où avait été envoyé son père, télégraphiste dans l’administration coloniale française. Il grandira à Huê, l’ancienne capitale impériale, dans le centre du pays, dont sa famille est originaire. Il fait partie d’un mouvement de la jeunesse bouddhiste qui soutient en secret l’indépendance.

A 11 ans, il est pris dans un coup de filet de la sûreté générale, la police politique de la colonie : il racontera à sa famille avoir été suspendu en l’air par une corde attachée, dans le dos, à ses poignets. Il est témoin des tortures pratiquées sur des hommes et des femmes autour de lui. Il continuera tout au long de sa jeunesse à s’impliquer dans des actions de soutien à l’indépendance, en distribuant des tracts ou en rassemblant des donations.

Naturalisé français

En 1955, Vo Van Ai quitte le Sud-Vietnam du président Diem, catholique et autoritaire, où il ne se sent pas en sécurité en raison de son engagement passé, pour la France, puis l’Allemagne, où il entreprend des études de médecine. A Saïgon, l’immolation d’un bonze, le 11 juin 1963, a choqué le monde. Vo Van Ai abandonne ses études pour se consacrer à la promotion du bouddhisme comme solution à la guerre entre le Sud-Vietnam et le Nord communiste. Il fonde en 1963 l’Association des bouddhistes vietnamiens d’outre-mer, puis devient en 1964 le représentant sur la scène internationale, au côté du bonze Thich Nhat Hanh, de l’Eglise bouddhique unifiée du Vietnam (EBUV), qui a obtenu un statut officiel au Sud-Vietnam après la chute du régime de Diem, en 1963.

En 1985, pour le dixième anniversaire de la chute de Saïgon, Vo Van Ai dépose la toute première plainte pour violations des droits de l’homme à l’ONU, à New York – le Conseil des droits de l’homme n’existe pas encore –, contre le gouvernement vietnamien : son dossier détaille, sur 500 pages, les violations en cours au sein de la nouvelle République socialiste. Dès lors, il ne cessera de parcourir les instances internationales et de faire campagne auprès des gouvernements et des parlements démocratiques, intervenant chaque année au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Dans les années 1990, Vo Van Ai a aussi renoué avec la lutte bouddhiste, en devenant le porte-parole international de l’EBUV, interdite depuis 1975 par le régime communiste : il contribuera à refondre le combat pour la liberté religieuse des dissidents bouddhistes vietnamiens dans un mouvement plus global pour la démocratie. Il a été naturalisé français en 2016.

Brice Pedroletti

Vo Van Ai en quelques dates

19 OCTOBRE 1935 Naissance à Huong Thuy (Vietnam)
1963 Fonde l’Association des bouddhistes vietnamiens d’outre-mer
1978 Lance la campagne « Un bateau pour le Vietnam »
1985 Plainte à l’ONU contre le gouvernement vietnamien
26 JANVIER 2023 Mort à Paris


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