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La Commission américaine sur la Liberté Religieuse Internationale recommande de mettre le Vietnam sur la liste noire des violateurs de la liberté religieuse

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PARIS, 25 avril (VCHR) – Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme (VCHR) se félicite du Rapport Annuel 2018 de la Commission américaine sur la Liberté Religieuse Internationale (USCIRF) rendu public ce mercredi, et de la recommandation de placer le Vietnam sur la liste des « Pays Particulièrement Préoccupants » (CPC, “Country of Particular Concern”) (CPC). D’après la Loi américaine sur la Liberté Religieuse Internationale de 1998, la désignation comme CPC s’applique à « tout pays dont le gouvernement se livre à ou tolère des violations de la liberté religieuse particulièrement graves qui sont systématiques, en cours et flagrantes ». Au total, la USCIRF a recommandé, cette année, la désignation de 16 pays comme CPC.

La USCIRF, qui fête son 20e anniversaire cette année, a demandé, tous les ans depuis 2002, à ce que le Département d’État américain place le Vietnam sur la liste CPC. Le Vietnam y a figuré en 2004 et 2005 mais en a été retiré en 2006. La USCIRF a regretté cette levée prématurée de la désignation CPC du Vietnam qui a eu pour conséquence un retour en arrière et la continuation des violations de la liberté de religion ou de conviction au Vietnam.

«  Le rapport de la USCIRF confirme notre analyse, à savoir que les violations du droit à la liberté de religion ou de conviction s’intensifient au Vietnam. La nouvelle Loi sur les Croyances et la Religion, qui est entrée en vigueur en janvier, devait fournir un cadre pour protéger la liberté religieuse. Mais c’est le contraire : le Vietnam utilise cette loi comme un outil pour criminlaiser les activités religieuses les plus légitimes », a dit le Président du VCHR Võ Văn Ái. « Les communautés religieuses sont les véritables voix de la société civile, et elles demandent juste le droit de vivre leur foi en paix. Elles sont pourtant la cible de harcèlements, de violences et de l’emprisonnement de ses membres. La désignation CPC est cruciale pour maintenir l’attention internationale sur les violations flagrantes de la liberté religieuse et des droits de l’Homme en cours au Vietnam ».

Selon la USCIRF, « la censure étroite des médias, le contrôle d’internet et des réseaux sociaux, et la volonté globale d’étouffer — parfois violemment — toute ce qui est perçu comme des critiques ou de la dissidence » a conduit, en 2017, à « ce que les militants des droits de l’Homme caractérisent comme une attaque en règle contre la liberté et les droits humains universels au Vietnam ».

« Le recours à des voyous, dont beaucoup travaillent probablement pour les agences de la Sécurité du gouvernement, pour commettre des actes de violence contre les fidèles religieux et autres s’est accru en 2017 », constate le rapport, ajoutant : « les violations systématiques, en cours et flagrantes de la liberté religieuse montrent que les mesures constitutionnelles et légales censées protéger la liberté de religion ou de conviction ne sont pas suffisantes lorsque le gouvernement et les acteurs non-étatiques violent l’État de droit en toute impunité et au mépris des normes internationales en matière de droits de l’Homme ».

Selon la USCIRF, de nombreux individus et groupes sont visés par le gouvernement vietnamien à cause de leur foi, de leur origine ethnique, de leurs prises de position en faveur de la démocratie, des droits de l’Homme ou de la liberté religieuse, ou encore de leur souhait de rester indépendant de tout contrôle du gouvernement communiste, comme l’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV), les Cao Dai, Hoa Hao et Bouddhistes Khmers Krom indépendants, les Montagnards, les Hmongs, les pratiquants du Falun Gong et les fidèles de la secte Duong Van Minh.

En ce qui concerne en particulier l’EBUV, la USCIRF a dit que les autorités s’étaient immiscées dans les célébrations du Vesak (Naissance du Bouddha), avaient fait subir des interrogatoires aux chefs du Mouvement de la Jeunesse Bouddhiste (MBJ, Gia đình Phật tử, affilié à l’EBUV) et menacé les fidèles bouddhistes pour qu’ils ne se rendent plus dans les pagodes de l’EBUV. Les interventions de la police lors des camps d’été du MBJ en 2017 ont été plus graves que les années précédentes, dit le rapport qui s’inquiète également de ce que le Patriarche de l’EBUV Thích Quảng Độ « a passé les 19 dernières années en résidence surveillée mais presque 30 ans au total en détention si l’on compte son temps en prison et les périodes précédentes d’assignation à résidence. Les autorités lui ont dénié la possibilité de se rendre à Hué pour y recevoir des soins ».

 

La Vice-Présidente de la USCIRF Kristina Arriaga (au centre) adopte Thích Quảng Độ comme prisonnier de conscience lors du Sommet de la USCIRF à Washington DC, le 18 avril 2018
La Vice-Présidente de la USCIRF Kristina Arriaga (au centre) adopte Thích Quảng Độ comme prisonnier de conscience lors du Sommet de la USCIRF à Washington DC, le 18 avril 2018

 

« La préoccupation de la USCIRF pour le sort de Thích Quang Độ est la bienvenue » a dit Võ Văn Ái. « Lors de la célébration de son 20e Anniversaire de la Commission à Washington, la semaine dernière, sa Vice-Présidente Kristina Arriaga a annoncé qu’elle adoptait officiellement Thích Quảng Độ comme prisonnier de conscience. Nous espérons que cette grande attention portée à Thích Quảng Độ mènera bientôt à sa libération ».

Concernant la Loi sur les Croyances et la Religion du Vietnam (qui n’était pas encore en vigueur durant la période couverte par le rapport), la USCIRF dit qu’elle « n’est pas conforme aux normes internationales sur les droits de l’Homme comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le Vietnam est partie ». La USCIRF ajoute que les individus et les organisations religieux s’étaient inquiétés de ce que la loi et ses décrets d’application (lignes de conduite du gouvernement pour l’interprétation et la mise en œuvre de la loi) étaient « antinomiques de la religion ».

 

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Créée par la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale de 1998, la USCIRF est un organe consultatif indépendant et bipartisan chargé de surveiller la liberté religieuse dans le monde et de faire des recommandations au Président des Etats-Unis, au Secrétaire d’Etat et au Congrès. Sous l’empire de la Loi de 1998, les Etats-Unis peuvent imposer toute une série de mesures, allant de la restriction sur les voyages aux sanctions économiques, contre les pays désignés comme CPC.

 

 

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